PLAISANTE RENCONTRE DE LA MÉDECINE

ET DE LA JUSTICE PÉNALE.

Dr Jean-Pierre RUASSE

Non, il ne s’agit pas ici du périlleux dialogue que le médecin est trop souvent appelé à pratiquer avec le magistrat[1] !

Qu’ont-ils donc alors en commun ?

Chacun dans son domaine, ils ont à prendre une décision, à porter un jugement.

Et, dans les deux cas, ce jugement est doublement basé :

- pour le médecin, sur la maladie et le malade

- pour le magistrat, sur le délit et le délinquant

Que dirait-on d’un magistrat qui, ne s’intéressant qu’au fait délictuel ou criminel, considérerait son justiciable comme un sujet moyen, et lui appliquerait uniformément la moyenne des pénalités prescrites par le Code ?

D’abord, il ne le pourrait simplement pas. Car le Code lui-même, dans sa sagesse, a déjà prévu pour lui une grande liberté de choix, à tous les stades de la procédure :

- la qualification : de l’assassinat (donc prémédité) à l’homicide par imprudence

- l’importance de la peine : de la simple amende à la réclusion à perpétuité

- l’application de la peine : sèche ou diversement aménagée

Il sera donc conduit à s’intéresser non seulement au crime, mais aussi et non moins au criminel :

- ses antécédents : casier judiciaire, témoins de moralité, environnement familial et professionnel, etc.

- les circonstances de la commission de l’infraction, tant aggravantes (alcoolisme en cas de délit routier) qu’atténuantes (niveau de légitimité de la défense)

- son attitude et ses dispositions actuelles (manifeste-t-il des regrets, est-il prêt à réparer ?)

Bref, c’est une obligation pour lui de personnaliser la sanction qu’il va prononcer au nom de la Société.

Et l’on voudrait qu’il en fût autrement pour nous autres médecins ?

Que nous ayons l’obligation de soigner nos malades selon les ukases de la HAS, elles-mêmes assises sur des statistiques issues d’études en double aveugle, que l’on voudrait nous faire prendre pour les seules « preuves » d’une médecine basée sur la « science » ?

Eh oui ! C’est pourtant ce que nous enjoint de faire la médecine conventionnelle ! Elle ne connaît que le nom de la maladie, et à peu près rien du malade (à part quelques allergies ou intolérances éventuelles à la thérapeutique envisagée). Mais de son histoire personnelle ou familiale ? Hors les maladies génétiques, rien. De ses craintes, de ses espoirs ? Rien. De ses appétits, de ses pulsions ? Rien. De sa vision du monde, du sens de sa vie ? Rien.

Cette médecine-là, un robot doté d’une intelligence artificielle moyenne la fera mieux que nos incultes diffamateurs.

Qui ont donc sans doute du souci à se faire pour leur avenir.

 

[1] En 1955, le Pr Piedelièvre, titulaire de la chaire de Médecine légale à la faculté de médecine de Paris, et président du Conseil national de l’Ordre) nous enseignait que « Le magistrat est l’ennemi naturel du médecin »…